Indicateurs : moyens, résultats, impacts

Un tableau de bord présenté par une personne qui désigne les résultats

Toute stratégie territoriale finit par une annexe d’indicateurs. Elle est souvent longue, rédigée dans l’urgence du dépôt de candidature, et rarement relue avant le bilan à mi-parcours. On découvre alors qu’une partie des indicateurs n’a jamais été renseignée, qu’une autre l’a été de façon incohérente, et qu’aucun ne permet de dire si la stratégie a produit un effet.

Ce n’est pas une fatalité. La plupart de ces difficultés viennent d’une confusion entre trois niveaux, et d’une ambition mal dosée.

Trois niveaux, trois questions

Le vocabulaire varie selon les financeurs. La logique, elle, est stable. Le cadre de suivi de la PAC 2023-2027, par exemple, distingue des indicateurs de réalisation, de résultat, et de contexte et d’impact.

Les moyens et réalisations : qu’avons-nous fait ?
Ce sont les ressources engagées et les produits directs de l’action. Nombre de dossiers accompagnés, montant programmé, nombre de réunions d’animation, nombre d’opérations soutenues. Ces indicateurs sont faciles à collecter, car ils découlent de l’activité elle-même.

Les résultats : qu’est-ce qui a changé pour les bénéficiaires ?
C’est l’effet direct et assez rapide de l’action. Une commune a obtenu son financement, un commerce a rouvert, une part de la population est désormais couverte par un service. Le résultat se mesure chez ceux que l’action visait.

Les impacts : qu’est-ce qui a changé pour le territoire ?
Ce sont les effets de long terme, à l’échelle du territoire. Évolution de l’emploi, des émissions, de la démographie, de l’accès aux soins. L’impact dépend de nombreux facteurs extérieurs à votre action. On ne l’attribue jamais entièrement à un programme.

La confusion la plus fréquente consiste à présenter des réalisations comme des résultats. « Cinquante porteurs accompagnés » est une réalisation. « Trente projets financés à la suite de cet accompagnement » commence à ressembler à un résultat.

Ce que demandent les financeurs

Chaque dispositif a ses exigences. Mieux vaut les connaître avant de concevoir son propre tableau de bord.

Pour LEADER (programmation 2023-2027). Le plan stratégique national associe à l’intervention LEADER un indicateur de réalisation, O.31, qui compte les stratégies de développement local soutenues, et un indicateur de résultat, R.38, la part de la population rurale couverte par ces stratégies. Ces deux indicateurs se suivent au niveau national ou régional, pas à celui du GAL.

À l’échelle des opérations, les Régions peuvent demander davantage. Un appel à candidatures régional que nous avons consulté exige que chaque opération contribue à au moins un indicateur de résultat commun. Chaque fiche action en retient un ou deux, parmi une liste qui comprend notamment :

  • R.37, croissance et emploi dans les zones rurales ;
  • R.39, développement de l’économie rurale ;
  • R.40, transition intelligente de l’économie rurale ;
  • R.41, connecter l’Europe rurale ;
  • R.42, promouvoir l’inclusion sociale.

Le même document précise que la liste pouvait évoluer. Vérifiez donc la version applicable dans votre Région. Le réseau européen de la PAC rappelle par ailleurs que le GAL est responsable de l’évaluation de sa stratégie, en interne, en externe ou en combinant les deux.

Pour les CRTE. L’ANCT prévoit une annexe d’indicateurs de suivi dès la signature. Des critères peuvent être définis au fil des avenants, et chaque fiche action peut porter les siens.

Une conséquence pratique : une partie de vos indicateurs vous est imposée. Construisez votre tableau de bord autour de ces exigences, et n’ajoutez que ce qui vous sert réellement à piloter.

Trois marches : moyens engagés, résultats obtenus, effets sur le territoire

L’inflation d’indicateurs

Le réflexe, au moment de rédiger une stratégie, est d’ajouter un indicateur par idée. Vingt fiches action avec quatre indicateurs chacune, et l’on arrive à quatre-vingts indicateurs. Personne ne les suivra.

Les signes d’alerte sont faciles à repérer :

  • des indicateurs sans source identifiée (« qui fournit ce chiffre ? ») ;
  • des indicateurs sans valeur de départ ;
  • des indicateurs d’impact rattachés à une seule fiche action ;
  • des formulations vagues (« amélioration de l’attractivité ») ;
  • des indicateurs qui demandent une enquête que personne n’a budgétée.

Chaque indicateur a un coût : quelqu’un doit chercher l’information, la saisir, la vérifier. Multiplier les indicateurs revient à multiplier ce coût, souvent au détriment de l’animation elle-même.

Choisir peu, mais tenir

Une règle simple : un indicateur qui n’est pas renseigné n’existe pas. Mieux vaut cinq indicateurs fiables que trente approximatifs.

Pour chaque indicateur retenu, écrivez une fiche courte :

  1. Définition précise. Qu’est-ce qu’on compte, et qu’est-ce qu’on ne compte pas ?
  2. Unité. Un nombre, un montant, un pourcentage, une surface.
  3. Source. Saisie interne, donnée d’un partenaire, statistique publique.
  4. Fréquence. À chaque opération, chaque trimestre, chaque année.
  5. Responsable. La personne qui le renseigne et celle qui le vérifie.
  6. Valeur de départ et cible, quand elles ont un sens.

Cette fiche évite le problème le plus courant en fin de programme : deux personnes qui ont compté la même chose de deux façons différentes.

Peu d’indicateurs, mais bien suivis

Suivre le renseignement, pas seulement la valeur

On regarde volontiers la valeur d’un indicateur. On regarde moins son taux de renseignement. C’est pourtant le premier signal à suivre.

Concrètement :

  • combien d’opérations ont l’indicateur renseigné, sur le total attendu ?
  • depuis quand la dernière mise à jour date-t-elle ?
  • quelles valeurs sortent des ordres de grandeur habituels ?

Un tableau de suivi du renseignement, examiné une fois par trimestre en équipe, suffit souvent à éviter le rattrapage de dernière minute. Il permet aussi de repérer un indicateur mal conçu : s’il n’est jamais renseigné, c’est peut-être qu’il est impossible à renseigner.

Saisir au plus près de l’action

La meilleure façon d’obtenir des indicateurs fiables est de les collecter au moment où l’information est disponible. Lors du dépôt d’un dossier pour les valeurs prévisionnelles. Lors du paiement pour les valeurs réalisées. Pas trois ans plus tard, à partir de souvenirs et de courriels.

Cela suppose que l’indicateur soit rattaché à l’opération elle-même, dans l’outil où l’on suit déjà le dossier. Un fichier d’indicateurs séparé du suivi des projets finit presque toujours par décrocher.

Restituer avec honnêteté

Au moment du bilan, trois précautions.

  • Distinguer les niveaux dans la présentation. Les élus doivent savoir ce qui relève de l’activité de l’équipe, et ce qui relève d’un changement observé.
  • Dire ce qu’on ne sait pas. Un indicateur non renseigné doit apparaître comme tel, pas disparaître.
  • Éviter l’attribution abusive. Si l’emploi progresse sur le territoire, votre programme y a peut-être contribué. Il ne l’a pas causé à lui seul.

Pour aller plus loin

Rattacher les indicateurs aux projets et suivre leur renseignement fait partie de ce que permet QPILOTE. Pour situer votre organisation, vous pouvez commencer par notre diagnostic en ligne : votre territoire gagnerait-il à se coordonner ?

Sources